Ludesco rachète Polyexpo

Le Festival de jeux et d’expériences ludiques Ludesco se lance dans un chantier titanesque: la manifestation est sur le point de racheter la célèbre halle Polyexpo! Avant de passer à l’interview exclusive de Sam Jondouth, président de l’association, revenons sur cette épopée.

La halle polyvalente de la Chaux-de-Fonds, la célèbre Polyexpo, avait été construite en 1985, notamment pour accueillir la foire Modhac. Problème, celle-ci n’a plus lieu depuis 2016, suite à des difficultés financières. Difficultés financières qui du coup se sont reportées sur la gérance propriétaire du site. Après quelques péripéties, le bâtiment s’est retrouvé entre les mains du canton en 2017, «qui s’en sert surtout pour entreposer du bordel», dixit Gustave Lefief, chef du service cantonal des ponts et chaussés et membre de la Commission de gestion foncière du canton. 

Parallèlement à cela, Ludesco voyait sa fréquentation augmenter d’année en année, pour culminer à 10’000 visiteurs lors de sa dernière édition, en Mars 2019. «Ça faisait déjà quelques éditions que l’on se sentait à l’étroit dans la Maison du Peuple», nous confie Sam Jondouth, président de l’association Ludesco. «Malheureusement, il n’y a pas de salle plus grande en ville. A part Polyexpo. Ça nous a toujours semblé extravagant, mais suite à notre record de 2019, notre perspective à changé. Nous avons pris contact avec le canton, un peu naïvement, pour voir s’il était possible d’en louer une partie. Et au fil des discussions, nous avons compris qu’ils n’avaient pas de réelle utilité pour ce bâtiment. Du coup, l’idée de le racheter pour en faire un palais du jeu à germé dans nos esprits de passionnés un peu fous.» 

La maison du peuple pleine à craquer

«Au début, on était plutôt dubitatifs, à la commission de gestion foncière», nous dit Gustave Lefief. «Il faut dire que ce n’est pas un cadeau, ce bâtiment. C’est un vieux machin, mal conçu dès le départ. Outre le fait qu’il s’agisse d’un cube de béton vide et moche, il est surtout calamiteux à chauffer, car c’est un énorme volume mal isolé. On était plutôt contents de s’en débarrasser, mais on se sentait un peu mal de le vendre à une association à but non lucratif. Sa valeur théorique va tout de même chercher dans les trois millions! Mais bon, ils ont un projet bien ficelé, une motivation en acier trempé et la ville du haut à bien besoin d’un coup de pouce pour se redynamiser. Alors on s’est mis d’accord pour leur céder le bâtiment et la parcelle de terrain alentour en l’état, pour un franc symbolique.»

«On en revenait pas!», s’extasie Sam Jondouth. «On avait convenu de signer après notre édition de Mars 2020, à la condition de dépasser les 15’000 visiteurs, histoire d’avoir un signal fort de la part du public. Et puis bon, Mars 2020, je ne crois pas avoir besoin de vous faire un dessin.» Pour rappel, Ludesco fut l’une des premières manifestations de suisse à être annulée à cause du Covid-19, à deux semaines de l’ouverture. 

Alors comment avez-vous vécu ce moment?

Sam Jondouth: Ça à été un sale coup au moral, je ne vous le cache pas. Mais passé le moment de stupeur, nous nous sommes concentrés sur l’avenir. A savoir, l’édition 2021 – que nous prévoyions réduite et coupée en deux à cause des mesures sanitaires, et dont la première moitié de Mars a finalement été annulée aussi, mais celle des 23 et 24 octobre tient toujours ! – et évidemment notre projet de palais du jeu. Nous avons mis ce temps à profit pour peaufiner le plan des travaux avec l’architecte, et surtout consolider notre plan de financement.

Et combien coûteront ces travaux?

Comme vous vous en doutez, il y a beaucoup de choses à faire, refaire et assainir et cela va coûter cher. Je ne peux pas trop vous en révéler plus, pour l’instant, car certaines choses ne seront validées qu’à la sortie de la crise Covid-19, quand nous pourrons prendre effectivement possession des lieux. En effet, actuellement Polyexpo est réquisitionné pour accueillir le centre de vaccination de la ville.

Actuellement à Polyexpo

Mais sachez que nous avons du soutien des pouvoirs publics à tous les niveaux, de la commune à la Confédération (et évidemment le canton), ainsi que du mécénat privé par des fondations. Pour l’instant nous arrivons à éviter les marques qui transformeraient le bâtiment en panneau publicitaire géant. Rires.

Et finalement, une source de financement importante viendra de prestations valorisées. Autrement dit, le travail bénévole, mesuré et chiffré. En effet, l’expérience de l’association Agora, qui a racheté le bâtiment du Pantin et le retape en ce moment-même, nous montre, qu’outre certaines tâches critiques comme l’électricité, beaucoup de choses peuvent être faites par nous et nos bénévoles.

Quand commencera le chantier?

Le début des travaux n’est pas prévu pour tout de suite, car nous devons attendre la fin de la crise du Covid-19 pour prendre possession des lieux, et nous comptons, de toute façon, laisser passer également notre édition 2022 (réd: du 24 au 27 mars). Nous ferons un appel à bénévoles le moment venu, nous comptons sur vous! Clin d’œil aux lecteurs.

Comment allez-vous transformer les lieux?

Comme vous le savez peut-être, un des problèmes principaux de ce bâtiment est son énorme volume qui le rend catastrophique à chauffer. Outre la réfection totale de l’isolation, nous allons fragmenter l’espace avec moult cloisons internes, ainsi qu’en créant un deuxième étage sur toute la surface. Nous pourrons ainsi moduler quelles sections chauffer et quelles sections laisser froides en fonction des besoins. Nous construiront, en plus, un troisième étage sur une partie du côté est, transformant le reste du toit en terrasse, ainsi qu’une tour panoramique de style médiévale à l’angle sud-est. Nous étendons également les sous-sols. Et bien évidemment, nous fournirons un énorme effort sur la décoration, y compris extérieure. Que ce bloc de béton devienne accueillant, morbleu! Rires.

Nous prévoyons une durée des travaux de cinq ans au bas mot. Mais certaines sections ouvriront bien avant. Par exemple, un bon quart de la surface côté ouest sera un atelier, pour la fabrication des décors des manifestations de la ville: Ludesco bien sûr, mais nous allons proposer notre espace à la Plage des Six-Pompes et aux Étranges Nuits du Cinéma, pour n’en citer que quelques unes. Les lieux accueilleront peut-être même une extension du FabLab, nous allons, d’ailleurs, prendre contact sous peu avec eux. Et oui, nous comptons bien faire profiter toutes les associations de la ville de ce magnifique projet. A terme, cet espace servira également pour la confection de costumes pour le cosplay ou le GN.

La section centrale sera imaginée comme une grande salle, avec une scène et une galerie, un peu comme à la Maison du Peuple mais pouvant contenir deux à trois fois plus de spectatrices et spectateurs.

Il y aura toute une série de sections plus ou moins dédiées à une type de jeu, comme une partie pour les figurines et wargame, des alcôves pour le jeu de rôle sur table, des escapes games semi-permanentes dans les sous-sols, et bien sur un bar à jeux au troisième étage, avec toute notre collection à disposition, et un espace pour jeux d’extérieurs sur la terrasse.

Quant à la tour, nous espérons qu’elle abritera une annexe du Musée Suisse du Jeu de la Tour-de-Peilz avec qui nous sommes en contact, et offrira un superbe point de vue sur toute la ville.

Il y aura évidemment aussi des espaces de stockage, des bureaux, et même un studio pour tourner des vidéos.

Le hall d’entrée sera, quant à lui, décoré de multiples aquariums, en hommage au lieu qu’occupait Millaginaire, le club de jeux de la Chaux-de-Fonds, à l’époque où beaucoup des fondateurs de Ludesco s’y sont rencontrés.

Concept de décoration du hall d’entrée

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